lundi 1 juillet 2013

Les merveilles du monde sous-marin

Bien que je persiste à dire que la merveille du monde, ce sont les gens qui y vivent, je dois admettre que Mère Nature a quand même bien fait les choses... Mes quelques jours passés à Koh Tao en Thailande ne m'ont pour le coup pas apporté beaucoup au niveau de la découverte de la culture thai (ce qui était tout à fait prévisible), mais m'ont permis de m'extasier un peu plus sur les merveilles du monde sous-marin, et les sensations qui vont avec (sans pour autant négliger le monde sub-marin non plus, au passage).

Partie a la base pour me reposer, avec la ferme intention de plonger un peu mais aussi de dormir et de me poser dans une chaise longue a l'ombre d'un arbre sur la plage avec un jus de fruit frais et un bon bouquin, j'ai dû me rendre à l'évidence, je ne sais simplement pas faire ça... Pourtant j'avais tous les ingrédients, le besoin de soleil, la fatigue suite a une cadence un peu folle avant de partir, et deux super bons bouquins... Mais bon, ne rien faire, même avec un bon bouquin dans un paysage de rêve, ca devient vite ennuyeux.

Du coup, j'ai quand meme réussi à faire la grasse mat le premier jour, lever à 11h, degustation d'une belle gamme de fruits frais non assaisonnés au formol, puis partie a l'exploration des baies alentours, à pieds. C'est tout terrain, je commence par traverser la baie ou je loge, à pieds parce que l'eau turquoise fait environ 30 cm de profondeur pour au moins 30 degrés jusqu'à assez loin de la plage. Puis je passe de baie en baie, par le chemin, par l'escalade dans les rochers, par le contournement des obstacles les pieds dans l'eau entre gros crabes, oursins, coraux et concombres de mer, et puis par la montagne et les chemins broussailleux avec une pause au point de vue à couper le souffle qui surplombe deux des baies. C'est toutes les nuances de bleu qui s'offrent à la vue, une vraie carte postale. Je descends de l'autre coté, refais un peu de parcours du combattant entre jungle, escalade de rochers, passage aquatique, pour arriver sur une jolie plage ombragée aux eaux turquoise bordée par un resort ou je me laisse convaincre par l'appel chaise longue / cocktail / bouquin / sieste.

Les jours suivants sont consacrés à la plongée, ce qui veut dire lever à 6h tous les matins (arg, même quand je bosse je ne me lève pas si tôt!). D'abord juste des "fun dives" mais après une journée je me laisse convaincre de passer mon "advanced certificate" qui consiste à passer cinq spécialités (dont certaines obligatoires et certaines au choix). Je me décide pour: profonde (30 mètres), épave, plongée de nuit, flottabilité et orientation. Et là, je retrouve tout ce qui me fascine tant dans la plongée.

Il y a eu ce moment où on était sur l'épave, à environ 25 mètres de profondeur. On se place debout sur le pont inférieur, palmes au sol, et on regarde par la porte avec la lampe à l'intérieur du navire. Je me dis, c'est marrant, on pourrait presque se croire à la surface, si ce n'étaient les poissons tout autour et le fait d'explorer un bateau rouillé de la deuxième guerre mondiale. Et puis on décide d'aller explorer le pont supérieur, comme on ferait aussi en surface. Les escaliers sont juste en face de moi, sauf que cette fois, il suffit d'une toute petite impulsion des genoux et je m'élève au dessus. C'est ça, exactement ça, qui rend la chose magique. Cette capacité à pouvoir se déplacer dans toutes les directions tout autour de soi sans sentir le poids de son corps, sans pesanteur; cette sensation de voler, cette capacité à passer au dessus du bateau, redescendre de l'autre coté la tête en bas, à la vitesse que l'on veut, faire des pirouettes, onduler son corps pour suivre les poissons, regarder les bulles qui remontent a la surface en scintillant, et celles qui restées bloquées à l'intérieur de l'épave et ont formé une surface d'air au plafond qui réfléchit comme un miroir...

Cette sensation, outre de pouvoir se mouvoir dans toutes les directions, de percevoir les choses différemment. Le son qui se déplace cinq fois plus vite dans l'eau et qui ne permet plus au cerveau d'en identifier la provenance. L'odorat dont on est privé.  La vision, qui joue des tours avec par exemple les couleurs qui changent avec la profondeur ou les distances qui sont plus difficiles à évaluer... Et puis plus de vision du tout (à part le faisceau de la lampe de poche) dans le cas des plongées de nuit, qui provoque une perception complètement différente de l'espace...La pression à gérer, et la flottabilité, en fonction du volume d'air dans les poumons.

Cette fascination de découvrir un tout autre monde, probablement encore plus varié et infini que celui de la surface, et la capacité de pouvoir y respirer... Les couleurs, les formes, les mouvements gracieux ou furtifs, les bans de poissons jaunes, bleus, roses, noirs, argentés, tout autour de soi, la découverte des petits détails, comme les petites crevettes danseuses, le bernard l'hermite planqué dans son coquillage, la murène qui guette, les Christmas worms qui disparaissent dans leurs trous dès qu'on s'en approche, les calamars qui changent de couleur, les raies qui se planquent dans le sable, les trigger fish qui menacent d'attaquer si on s'approche trop près, et puis les gros poissons comme les poissons anges, immobiles comme suspendus au milieu de la masse d'eau, impassible... Les anémones de toutes les couleurs, et les némos cachés dedans, les bénitiers entourés de mousses et de coraux multicolores, avec leur bouche en zig zag à la façon d'une citrouille d'Halloween, les taches bleu vif des raies cachées dans le sable, les immenses mérous, les longs et fins crocodile niddle fish argentés, immobiles juste sous la surface et qui reflètent la lumière, les gros yeux du poisson porc epic, le mignon petit Arlequin sweetlips etc...

Cette sensation de réaliser tout à coup que cet élément gratuit, infini et si indispensable à la vie qu'est l'oxygène n'est distribué ici qu'en accès limité par un équipement dont notre vie dépend... Simplement se rendre compte que le fait même de respirer est un acte complètement réflexe et automatique à l'air libre, auquel on ne pense que lorsqu'on y a plus vraiment accès à l'infini, sous l'eau.  Et la réalisation que le corps humain, si on l'écoute, est capable de s'adapter à beaucoup de choses... et que l'une des raisons pour lesquelles la plongée est si relaxante est que sous l'eau le rythme cardiaque diminue et qu'on adopte un rythme de respiration plus lent.  Si on l'écoute, parce que quand le corps envoie des messages, par example via la narcose, ou ivresse des profondeurs, cette sensation d'ébriété lorsqu'on plonge trop profond et que l'azote commence à agir sur le système nerveux et bloquer les messages du cerveau (qui se calme immédiatement si on remonte de quelques mètres).

Gros coup de coeur pour le plancton bioluminescent dans la plongée de nuit, qui s'illumine autour de nous à chaque mouvement comme des lucioles dans la nuit... et la sortie d'eau, quitter le plancton lumineux pour découvrir un magnifique ciel étoilé (visuel similaire)...

Bref, une autre palette infinie de découvertes à faire dont on ne se lasse pas :)

bisous!

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