lundi 29 avril 2013

Drame de Savar, responsabilite des grandes marques: points de vue divergents



Le drame de Savar est sur toutes les levres. Chacun suit avec anxiete les nouvelles distribuees au compte goutte sur les reseaux sociaux, pour savoir si un autre rescape a ete extrait des decombres. Le Bangladesh suit avec emotion l’avancee du sauvetage de Shahana, presentee comme “la derniere survivante de Savar”, une jeune femme que les secouristes ont tente d’extraire des decombres pendant pres de 12 heures alors que son corps etait bloque sous le beton. 12 heures, avant qu’un feu ne se declare, obligeant les secouristes a reculer et laissant vraisemblablement Shahana pour morte.

Retour sur une discussion interessante avec trois de mes amis Bangladeshis, sur la responsabilite des grandes marques dans ce drame. Prenons Mango, juste pour l’example, puisqu’ils ont ete cites dans ce drame. Ils nient avoir passé toute commande aupres de l’usine en question, et glissent (dans un message sur leur page facebook) que de toute facon meme s’ils l’avaient fait, et avaient assure leur audit social comme ils le font systematiquement avec leurs fournisseurs, ils n’auraient pas pu prevenir l’effondrement de l’immeuble.

Bref. Prenons Mango. Les arguments (et questions) de mes amis sont les suivants:

Comment Mango aurait-il pu savoir?
 Imaginons que la marque signe un contrat avec une usine specifique ici.

1.       Hypothese 1.
Imaginons qu’avant de signer, Mango passe un audit social.
-          Le management va se faire une joie de montrer ses conditions de travail et d’emploi. Les jeunes travailleuses mineures vont evidemment  etre priees de rester chez elles durant toute la duree de l’audit, et les horaires de travail vont etre respectees pendant la meme duree.
-          Les usines ici savent exactement quoi montrer aux auditeurs pour les satisfaire. La presence d’unions de travailleurs (qui n’ont enr ealite pas leur mot a dire), l’existence d’une crèche, voire meme d’une ecole pour les enfants des employes (qui sont fermees a l’exception des jours d’audit).
-          Les issues de secours ne vont evidemment pas etre verrouillees le jour de l’audit (cf incendie qui a fait 111 morts en novembre dernier)
-      Un audit social peut-il s'assurer de la maintenance d'un immeuble? Est-ce de la responsabilite de l'usine, qui loue les locaux, ou du proprietaire de l'immeuble?
(ma reponse a moi a la derniere question est que la maintenance de l'immeuble est peut-etre de la responsabilite  du proprietaire de l'immeuble, bien que le management de l'usine devrait s'assurer qu'elle est faite regulierement, mais il est definitivement de la responsabilite du management de l'usine de fermer l'usine en case de fissures dans les piliers afin de ne pas mettre la vie de milliers d'employes en danger. Le principe de precaution, ca vous parle? non? Le bon sens alors? Mais encore une fois, quelle est la responsabilite de Mango la dedans?)

-->  En bref, le Bangladesh sait se vendre, et il peut etre difficile pour Mango de distinguer le vrai du faux. (et je ne rentre meme pas cette fois dans le debat “de toute facon si ces gamines ne travaillent pas dans les usines textile ells seront forces a se prostituer pour subvenir aux besoins de leurs famille”).

2.       Hypothese 2
Imaginons meme que Mango a affaire a une usine extremement honnete et respectant tous les criteres de son audit, sans tricher. Ils signent un contrat, pour un certain nombre de pieces (vetements). Ce que l’usine ne dit pas a Mango, c’est qu’elle n’a pas la capacite de produire toutes les pieces dans le temps voulu, et va sous-traiter a une autre usine. Laquelle n’a pas subi d’audit social, et dont l’existence ou l’implication ne figurera nulle part dans le contrat.

Vous voyez ou je veux en venir. Jusqu’ou porte la responsabilite de Mango? Peut-on les tenir responsable des conditions de travail des employes de cette seconde usine, ou de l'etat de delabrement du building, alors qu’ils n’en sont pas au courant? Comment Mango peut-il alors s’assurer que l’usine avec laquelle ils ont signe un contrat ne sous-traite pas?

Meme si l’entreprise ne prevoit pas de sous-traiter lorsqu’elle signe le contrat, comment est-elle sensee rentrer dans les delais dans la situation politique actuelle? Le nombre de hartal des deux derniers mois doit approximer les 70% de jours de travail, alors que faire dans ce cas? Que se passe-t-il pour ces usines lorsqu’elles ne respectent pas les delais? Quelle est la tolerance des grandes marques face a une situation politique comme celle a laquelle nous faisons face en ce moment (et dont personne ne parle)? Sont-ils meme au courant, les dirigeants de Mango?

A quelle pression sont soumis les chefs d’equipe qui preferent prendre la decision d’envoyer les employes travailler dans un building ou les poteaux commencent a se fissurer, plutot que d’assumer le retard dans les commandes?

La question du salaire et du prix de vente

3.       Hypothese 3
Admettons (encore une hypothese) aue les grandes marques comme Mango soient en mesure  d’assurer les conditions de production de leurs vetements.
Peuvent-elles le faire pour le meme prix? Ou les consommateurs sont-ils prets a payer un prix supplementaire?

Considere-t-on que payer une couturiere (potentiellement mineure) 30 euros par mois pour 35, mais probablement plutot 50 a 70 heures de travail par semaine, est trop peu? Est-on prêt a payer plus cher nos t-shirts pour augmenter son salaire?

4.       Hypothese 4
En supposant que la reponse soit oui…. Mes amis respondent par la question suivante: si les enterprises etaient pretes a payer leurs ouvriers plus chers, pourquoi produiraient-ils au Bangladesh? Ici tout se fait a la main, il n’y a aucune technologie, la seule chose que le Bangladesh a a vendre est de la main d’oeuvre, beaucoup de main d’eouvre, a prix bas, tres bas… A partir du moment ou une enterprise est prete a payer plus cher ses employes, pourquoi continuerait-elle a produire au Bangladesh et pourquoi ne choisirait-elle pas la Chine? Qui plus est, elle pourrait ainsi choisir de produire dans un pays moins risqué, ou les infrastructures sont de meilleure qualite, ou les problems politiques ne ralentissent pas la production…. Que restera-t-il alors au Bangladesh??

Alors a la question: faut-il boycotter les fringues Made in Bangladesh, la reponse est… c’est complique….  Je me rends compte que je dois etre plus claire: Oui c'est complique mais NON boycotter les fringues made in Bangladesh n'est PAS une solution. Nous devons faire changer les conditions de travail, faire du lobby pour de meilleures normes de securite, dans lesquelles les grandes marques devraient investir aupres de leurs fournisseurs, et pour que les travailleurs aient le droit et la possibilite de s'organiser en unions de travailleurs, aient acces a la parole et soient ecoutes sans etre menaces. (cf article ci dessous pour les anglophones)

Tout commentaire est le bienvenu, ceci etant un sujet ouvert, complexe et tres controverse…
(Merci Lydia!!)

AJOUT: le lendemain de la publication de cet article, je tombe sur un article du New Tork times qui resume tres bien (en anglais) la situation et la discussion avec mes amis: http://www.nytimes.com/2013/04/30/opinion/bangladesh-needs-strong-unions-not-outside-pressure.html?pagewanted=1&_r=2&smid=fb-share&

Parmi les elements mentionnes (pour les non anglophones):
> le fait qu'il faille que ca vienne du Bangladesh, et qu'arreter d'acheter des vetements Made in Bangladesh ne va certainement pas aider le pays. Mais la societe civile et les acheteurs internationaux ont definitement un role a jouer et peuvent participer a pousser le pays dans la bonne direction, vers une politique qui  tiendra responsable ceux qui mettent volontairement en danger leurs travailleurs et qui assurera de meilleures conditions de travail et de securite...
" The changes must come first from Bangladesh itself. My country will require new political will to hold accountable those who willingly put human lives at such grave risk. It will also require the support of factory owners; civil society organizations, including my own; and the private sector, including Western buyers. "

> le besoin de donner plus de pouvoir aux unions de travailleurs, quand elles existent, et dans le cas contraire, permettre leur creation, afin qu'ils puissent par eux-meme faire pression sur leurs employeurs et les renir responsables des conditions de travail et de securite (et la encore les organisation de la societe civile et les acheteurs internationaux peuvent contribuer) : "The solutions start with the workers themselves; they must be allowed by their employers to unionize, so they can engage in collective bargaining and hold their employers responsible for basic standards of pay and safety." 

> Comment? Les acheteurs internationaux devraient financer de meilleures normes de securite.
"Western buyers, instead of squeezing factory owners on price, should finance better safety standards. ... 
Quant aux consommateurs, ils doivent comprendre que lorsque le seul critere d'achat est le prix, la securite des travailleurs n'est certainement pas la priorite...
"And consumers who are shocked by the working conditions need to realize that a playing field where the price tag is the only standard for a purchase is not a level one when workers’ lives are at stake

> L'article mentionne egalement que pour les 100 000 usines de textile dans et autour de Dhaka, et les trois millions de travailleurs, le pays compte seulement 18 inspecteurs.....!!! Ce nombre doit donc indeniablement etre augmente, et les standards de securite doivent etre fortement revises.
"In a country with 100,000 factories in and near the capital, and three million workers in its garment industry, an inspection force numbering 18 people only invites unconscionable lapses on the part of unscrupulous employers. The inspection force must be increased drastically, and it must vigorously enforce safety standards.

dimanche 28 avril 2013

Un nouveau drame humain, au profit de la consommation bas prix...


Petit coup de gueule.

En deux ans j'ai appris a connaitre ce pays et a m'y attacher enormement. Les Bangladeshis sont des battants, malgre le fait qu'ils n'aient pas grand chose pour eux:

- un pays dont la localisation geographique et la topographie, combinee a une des densites de population les plus fortes au monde et un important niveau de pauvrete le fait figurer parmi les plus pays les plus vulnerables au changement climatique (mais egalement, heureusement, le Bangladesh est aussi devenu un modele en matiere d'adaptation);

- un systeme politique violent et corrompu, qui a plonge le pays ces derniers mois dans le chaos, sans que la communaute internationale n'en parle enormement. Les greves politiques (hartals) s'enchainent, organisees alternativement par le parti au pouvoir, le parti d'opposition, et les partis islamistes, rendant tout mouvement dans les rues potentiellement dangereux. Les voitures brulent, les vitrines sont caillassees, les cocktails molotov explosent jusque dans les quartiers expats. Les altercations entre les manifestations et la police continuent d'ajouter a la liste de victimes, certes "seulement" de quelques 150 ou 200 morts depuis fevrier mais tout de meme non negligeable. Violence invisible pour nous expats, qui tombe a un endroit precis a un moment precis sans que l'on puisse prevoir, et qu'on voit dans les journaux et les reseaux sociaux, mais qui suffit a paralyser tout le pays. Les petits travailleurs de rue (vendeurs de the, de journaux, de nourriture) n'ont plus de clients, les employes des usines textiles sont parfois renvoyes chez eux par manque de travail car les livraisons sont bloquees. Pour ces gens payes a la journee, dont le salaire tourne autour de 30 a 50 euros par mois, pas de travail signifie pas de salaire. Les proprietaires de boutiques ne parviennent plus a payer leurs frais fixes, ni meme les salaires de leurs employes.

Cette situation a debute avec le jugement des criminels de guerre de 1971 (independance avec le Pakistan), creant a la fois un mouvement de masse de la societe civile (jusqu'a un million de personnes rassemblees dans la rue 24 heures sur 24 pendant pres de trois semaines), mais aussi une soudaine montee en force des partis islamistes (dont certains des criminels de guerre sont issus), exigeant le retour a une education islamique stricte et la peine de mort pour toute personne reconnue coupable de blaspheme (dans un pays officiellement laique et qui comprend pres de 20% de non musulams, principalement hindous mais aussi quelques bouddhistes et chretiens parmis les groups ethniques des Chittagon Hilltracks), refusant la mixite hommes femmes en public, forcant les femmes a se couvrir, exigeant d'erradiquer les signes de culture etrangere dans la ville, etc. Cette situation est attisee par la tenue des prochaines elections, supposement en decembre

- Lorsqu'il n'y a pas de hartal, le pays est frappe par des drames humains resultant uniquement du complet non respect des normes de securite dans les usines textiles, une majeur source economique pour le pays. En novembre, 111 travailleurs mouraient dans l'incendie d'une usine textile dont les issues de secours avaient ete fermees a cles. La semaine derniere, un immeuble de 9 etages hebergeant plusieurs usines textiles s'est effondre sur pres de 3500 personnes. Malgre les fissures dans les murs observees la veille, les travailleurs ont ete forces de venir travailler. Plus de 300 corps ont deja ete sortis des decombres, pres de 2300 personnes ont ete evacuees vivantes et plus de 700 sont encore portees disparues. Ce drame n'etant le fruit ni d'une guerre, ni d'une catastrophe naturelle, il semble qu'il ne soit pas du mandat des organisations d'urgence de porter secours. Les equipes de secouristes sont constituees de membres du croissant rouge, de l'armee, et de centaines de volontaires. Elles degagent les rescapes a la main, pierre par pierre, parfois contraints de couper des membres a la scie pour sortir les survivants, au milieu des familles des personnes portees disparues qui attendent encore avec l'espoir de voir ressortir des decombres un membre de leur famille. Ce matin, apres 5 jours sous les decombres, cinq personnes ont encore ete degagees vivantes... alors les secouristes improvises ne s'arretent pas. Sans sommeil, sans nourriture correcte, sans approvision d'eau suffisante, sous la chaleur suffocante entrecoupee de grosses pluies, au milieu d'une odeur qui devient difficilement supportable, sans masques. C'est revoltant, c'est ecoeurant, mais c'est simplement la seule solution. Les Bangladeshis sont des battants.

On n'en parle pas encore, mais jetons un coup d'oeil au nombre de jeunes mineures parmi la liste de victimes et de rescapes, combien d'ouvrieres enfants embauchees illegalement dans ces usines, comme l'avait denonce un reportage incriminant Monoprix il y a quelques mois? combien d'heures de travail et avec quels risques pour un salaire de moins de cinquante euros par mois? Deux femmes ont deja accouche dans les decombres, elles ont heureusement ete transferees vivantes dans un hopital. Combien d'autres dans le meme cas sont encore bloquees sous les decombres?

Dans quel monde vivons-nous lorsque le respect des normes de securite les plus basiques passent a la trappe au profit de la productivite, competitivite et pour assurer les prix les plus bas possibles a nous autres consommateurs? Dans quel monde vivons-nous lorsque le prix du pantalon que nous achetons est egal au salaire mensuel (ou plus) de la personne qui l'a cousu? A combien evalue-t-on la vie de ces travailleurs, qui souvent gagnent le pain pour une famille entiere? Les acheteurs de Mango, Carrefour, Monoprix, H&M, C&A et j'en passe, sont-ils vraiment prets a payer ce prix pour leurs vetements? Je doute que la plupart d'entre eux aient la moindre idee des conditions dans lesquelles leur t-shirt a ete produit, comment faire pour les en informer, comment faire pour faire pression sur ces marques afin qu'enfin elles cessent de pretendre ne pas savoir et prennent de serieuses mesures de controle envers leurs fournisseurs? combien d'autres catastrophes et drames sont necessaires pour unr prise de conscience?

Bien sur, c'est difficile de savoir, bien sur, toutes les usines ne sont pas les memes, bien sur les conditions ne sont pas les memes partout... bien sur, boycotter tous les vetements made in Bangladesh serait d'une part difficile et d'autre part pas forcement mieux pour tirer ce pays de la galere sachant que le textile supporte pres de 80% de l'economie.  Mais combien cela couterait-il a ces grosses marques de s'assurer des conditions de travail, des conditions de securite de leurs fournisseurs? combien d'euros supplementaires sommes-nous prets a payer pour ca?

CORRECTION: il semblerait que les Nations Unies aient appelé qux gouvernements étrangers pour envoyer des équipes de sauveteurs professionnels et des machines pour dégager le plus gros des décombres, mais l'aide a été refusée par le gouvernement du Bangladesh, jugeant que cela "entacherait l'ego du pays"..... http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/asia/bangladesh/10024004/Bangladesh-UK-rescue-aid-rejected-after-Dhaka-factory-collapse.html 

mercredi 10 avril 2013

Philipines

Alors, que vous dire de ce court - trop court - sejour aux Philippines. Premierement, ce pays est un ensemble d'iles qui ont chacune leur attrait, mais entre lesquelles les deplacement sont soit cher, soit longs. Donc un voyage de 10 jours exige de faire des choix, chose pour laquelle je suis indubitablement tres peu douee. Alors avec ma tendance a vouloir tout faire, je nous ai concocte un planning du tonnerre, a savoir trois iles (en fait, quatre).

1. D'abord, Luzon, ou comment nous avons gravi environ 1245034 marches dans la meme journee (non non je n'exagere pas DU TOUT) au milieu des rizieres en terrasse du patrimoine mondial de l'unesco (ils aiment bien les rizieres en terrasse a l'Unesco, il y aussi Sapa au Vietnam (je crois) et Jatiluwih a Bali, mais j'ai adore ces deux lieux donc je leur fais confiance, et puis jamais deux sans trois).

Etape 1. Baguio: 
Apres notre arrivee a Clark, nous avons pris un bus directement pour Baguio (5h) ou nous avons passe la nuit avant de repartir tot le lendemain matin pour Sagada. Lever vers 5h pour avoir des billets pour le bus de 6h, ou la vendeuse nous dit "le bus part quand il est plein". "ok, et il est bientot plein?" "il reste des places au milieu, ca vous va?" "oui oui parfait, merci". Surprise de constater que les billets sont moins chers que prevu, jusqu'a ce que l'on decouvre ce que 'au milieu' veut dire: c'est qu'elle parlait du milieu dans le sens de la largeur, pas de la longueur! nous avons la joie de passer les 5 heures de bus suivantes sur les strapontins de l'allee centrale, sur une route de montagne digne de la cordilliere des Andes (altitude 7400 pieds, ca fait du 2200 metres), a s'agripper aux sieges autour pour ne pas valser dans le pare brise (oui, on a les deux premiers sieges) tout en luttant contre le sommeil (et pour notre survie).

Etape 2: Sagada
Nous finissons pas arriver saines et sauves a Sagada, en compagnie de trois israeliens rencontres dans le bus, et apres avoir trouve une guesthouse pour la nuit nous partons voir la curiosite de la ville, des cercueils suspendus a la falaise, selon une pratique d'une minorite locale pour placer les defunts plus proches du paradis. Nous jettons un coup d'oeil a la grotte que tous les touristes vont visiter, constatons que c'est noir, glissant, humide, plein de touristes et de chauve-souris et optons pour la ballade sur un sympathique chemin buccolique entre les pins avec vue sur les rizieres en contrebas. Le soir nous nous installons tous ensemble dans un restaurant Bob Marley a manger de la nourriture coreenne avec les israeliens aux philippines (on boit de la biere philippine, quand meme)(on passe sur l'alcool de cane a sucre dont la simple odeur me fait passer toute envie de gouter).

Etape 3: Banaue-Batad
Depart tot le matin (encore) pour Banaue, ou cette fois nous ferons escale pour 1,5 jours. C'est la (a Batad) que sont les rizieres en terrasse declarees patrimoine mondial de l'unesco. Arrivee fin de matinee, nous nous installons dans une guesthouse et partons nous ballaer pour la journee, suivant une promenade "a travers les villages" indiquee par le lonely planet. La premiere demi heure est ennuyeuse parce qu'apparemment, etonnament, nous ne sommes pas les seules a lire le Lonely Planet et tous les locaux que nous croisons sans exception d'age (du gamin de 6 ans a la dame de 70) nous proposent d'etre notre guide. Apres nos refus systematiques et notre decision bornee de continuer toutes seules, nous bous perdons un peu dans les rizieres et c'est bien sur la que nous commencons a profiter pleinement de la ballade. Vue magnifique sur le vert electrique des rizieres, avec un relief que nous apprecions pleinement, venues de notre pays extra plat qu'est le Bangladesh. Nous ne croisons plus personne pendant un long moment, jusqu'a finir de nouveau dans un village et rejoignions la route, puis marchons jusqu'a Banaue. Juste avant la ville, arret dans une toute petite boutique tenue par une vieille dame Ifugao (la minorite locale) qui fond des metaux pour en faire des bijoux (du 'cuivre' selon la pancarte, mais il s'avere qu'elle fond tout ce qu'elle trouve, des cadenas, des pieces de monnaie, ce qui donne a chaque piece une couleur unique selon sa vie anterieure). Nous achetons chacune quelques bracelets tres fins et un pendantif symbole des Ifugaos et considere comme porte bonheur, porte par tout membre de l'ethnie.

Le jour suivant, nous nous levons tot (c'est devenu une habitude) pour attaquer notre journee a Batad. Tricycle jusqu'a l'intersection, puis montee a pied jusqu'a la fin du chemin carrossable (la plupart montent en jeep), puis jusqu'au point de vue, puis descente jusqu'au village, puis remontee dans les rizieres pour la vue, puis descente a la cascade, la bas tout en bas, baignade, remontee dans les rizieres, redescente au village, remontee au point du vue...Un bon 10km de marche et - sans exagerer cette fois - tres probablement pas loin de 1500 marches (sans compter tous les chemins escarpes ou il n'y avait pas de marche). Nous gambadons toute la journee, sans trop de problemes, et dans mon cas sans ecouter les supplications de mon petit orteil (c'est bien connu. c'est mon petit doigt (de pied) qui me l'a dit). Le soir, je dois toutefois me rendre a l'evidence: decider de n'emmener comme chaussures fermees que mes pseudo-converses-a-10-euros-de-la-halle-aux-chaussures n'etait pas l'idee la plus brillante du monde. D'habitude je me fie simplement a mes fideles tongs-de-la-foire-bio-et-leurs-huit-ans-de-bons-et-loyaux-services qui m'ont accompagne fidelement dans tous mes voyages depuis le Perou! Bref, mauvaise decision, qui me poursuivra jusqu'a... ben maintenant en fait! Resultat: une ampoule au petit orteil, presque aussi grosse que l'orteil en question et deux grosses poches de sang sous les deux gros orteils.

2. Ensuite Legapzi, ou j'ai fierement escalade un volcan au milieu d'une jungle hostile, sous la pluie, en tongs et en jupe, et ou j'ai decouvert (pas sur le volcan hein, mais sur la meme ile) que les raies manta n'existent pas, de meme que les requins baleine. Juste un mythe pour voler l'argent des plongeurs. C'est qu'ils sont convainquants, ils sont doues pour faire des fausses photos et des fausses videos pour que ca fasse plus vrai!

Bon, pour le volcan, evidemment il n'etait pas question pour moi et mes orteils de remettre des chaussures fermees. Pas grave, le trekking est dit "facile", 2 a 3 heures de marche pour atteindre le camp 1 et un peu moins pour le retour. Facile vu ce que nous avons parcouru la veille et notre rythme de marche. Le hic, c'est qu'ils ont oublie de preciser que le trek se fait sur un sentier super etroit au milieu d'herbes aussi hautes que nous, qui nous griffent les jambes (ils ont aussi oublie de nous dire que le short n'etait pas une bonne idee, du coup je m'enroule dans mon pareo pour faire une pseudo jupe et me proteger un peu les jambes mais ca ne simplifie pas la marche), et que par consequent on ne voit pas vraiment ou on met les pieds (plutot indispensable quand on marche en tongs pour eviter de se torde une cheville). Et quand il se met a pleuvoir, O joie... On arrive au camp de base en a peine une heure, et la, la chance nous sourit. Au moment ou on marche jusqu'a une coulee de lave, les nuages s'ecartent et l'on admire la longue langue de lave qui s'etend du sommet la haut a la mer tout la-bas. Magnifique! La vue a sauve la rando.

La prochaine etape est donsol, sur la cote, celebre pour sa forte population de requins baleines, dont nous sommes normalement en pleine saison haute (internet dit: "la question n'est pas de savoir si vous les verrez mais combien vous en verrez"). Le WWF interdit la plongee sous marine dans la baie mais autorise le snorkeling avec les requins, qui sont tres pacifiques (8 metres de long tout de meme). Nous partons donc en bateau pour quelques heures, armes de nos masques, tubas et palmes, a la recherche des requins... que nous ne trouverons jamais... Ma foi, la ballade etait quand meme jolie. Le lendemain je laisse Anna pour la journee et part faire de la plongee (pas la ou c'est interdit hein). La premiere plomgee se fait le long d'un mur, magnifique tableau de corail, anemones et poissons multicolores, calamar qui nous fuinent en changeant de couleur, et accessoirement quelques meduses. La deuxieme et la troisieme plongee se font a Manta Bowl, connue pour la forte frequentation de ... raies manta, comme le nim l'indique. Sauf que comme a Bali, il faut croire que les raies ne sont jamais la ou je suis... Deux plongees, zero manta... (Je suis maintenant vraiment convaincue que cet animal fascinant n'existe que dans la tete des gens et des les livres, et que la video des six raies manta du groupe de la veille est truquee). La plongee est toutefois tres impressionnante, 30 metres dans le grand bleu, sans mur alentour. Juste le grand bleu en dessous, au dessus, tout autour. puis on arrive au fond et on s'accroche avec un crochet a du corail dur pour ne pas se faire entrainer par le courant. des coraux, les poissons "classiques", et cette sensation d'immensite et en meme temps de desert bleu, qui te fait te sentir petit, tout petit... (et j'ai regarde le Grand Bleu hier soir, magique).

A Donsol nous logions un peu loin des resorts a touristes, nous devions traverser quelques adorables petits villages de pecheurs avant d'arriver a notre resort dans lequel nous sommes toutes seules et le staff est adorable. Sauf le jour ou ils nous reveillent a 6:45 en tambourinant a la porte et hurlant "breakfast is readyyyyy"  en pensant qu'on allait plonger, alors que c'est notre seul jour de grasse matinee...

Bref malgre l'absence des grosses betes sous marines, ces quelques jours ont ete tres reposants... et la plongee et la mer ont toujours un effet relaxant magique sur moi...

3. Enfin, Cebu/Bohol. Cebu pour - j'ai honte- le merveilleux temple de la consommation dans lequel nous avons passe une journee (ben oui quoi, il y avait des MAGASINS et meme un CINEMA) et Bohol pour les tres touristiques mais tres mignonnes 'Chocolate hills'.

Depuis Donsol nous avons pris un bateau pour Masbate puis un ferry de nuit pour Cebu. Super voyage, en deuxieme classe (la classe touriste et les cabines etant pleines, et quelle chance, sinon nous aurions rate cette experience). Tout un etage, completement ouvert de chaque cote, est rempli de lits superposes, et nous nous organisons pour avoir deux couchettes en hauteur l'une a cote de l'autre, depuis lesquelles on peut observer la vue. Nous nous endormons tot apres le coucher du soleil, et dormons super bien. Arrivees a Cebu nous nous trouvons une guesthouse, deposons nos sacs, prenons une douche et repartons pour le port pour trouver un bateau pour Bohol. Manque de bol, le prochain bateau a ete annule, et les suivants sont trop tards pour que nous puissions profiter de quoi que ce soit. Journee improvisee a Cebu donc, que faire? La ville ne semble pas avoir d'interet du tout, a part pour le shopping. Nous nous faisons indiquer le centre commercial le plus proche et.... y restons jusqu'au soir. Comprenez-nous, on vient du Bangladesh, on est completement privees de toute forme de consommation moderne ou occidentale, alors un centre commercial plein de fringues (et par fringues j'entends shorts, jupes, debardeurs, et pas uniquement saris er salwar kameez), de bouffe (jus en tout genre a tous les croisements), et de cinemas!!! Nous passons quelques heures a claquer nos pesos dans les magasins et finissons dans les fauteuils rouges avec un gros paquet de pop corn au beurre. Le pied.

Le lendemain, depart avec le ferry de 7h pour bohol. Nous louons une voiture sur place et partons voir les chocolate hills ,des etranges petites collines  du nombre de 1270, toutes e la meme forme et de la meme hauteur, arrondies et couvertes d'herbes, qui devient couleur chocolat pendant la saison seche. Tres touristique, mais tres mignon. Au retour, on s'arrete dans une reserve de papillons, puis dans une rserve de tarsiers, ces minuscules singes a tete de Gremlins (je trouve)(les mignons pas ceux qui se transforment en mechant quandon leur jette de l'eau). Les tarsiers ont des yeux gigantesques qu'ils ne peuvent pas bouger alors en contre partie, ils peuvent bouger leur tete a 180 degres!

Retour a Cebu le soir et vol pour Manille, ou nous passons la nuit... a l'aeroport en attendant notre vol pour Singapour le lendemain matin.

Parenthese nourriture (c'est toujours ce que les gens demandent bizarrement):  sans vouloir offenser personne, je pense ne pas etre tres receptive a la nourriture philippine. Il semble pourtant qu'ils en soient tres fier, mais je ne suis pas trop fan du porc sous toutes ses formes (seulement en saucisse), et pas trop non plus de la sauce a la pate de crevette et au vinaigre qui agremente beaucoup de plats. Par contre j'ai adore le kinawi, ceviche local, et pas mal apprecie le Adobo (viande sauce vinaigre ail oignons). Pour le reste, je n'ai jamais vu autant de varietes de chips et de nouilles instantanees. Des magasins vendant exclusivement des chips, rendez-vous compte!

Journee a Singapour au retour, ou nous prenons le lunch avec Parth (mon ami indien rencontre au bangladesh et qui se marie en Inde fin mai - probablement les prochains conges si j'obtiens le visa), puis allons claquer nos dollars singapouriens dans un supermarche (50 dollars singapouriens pour du jambon serrano, du fromage de chevre, du camembert, des figues sechees (pour mettre sur les toats au fromage de chevre et jambon serrano), des tic tac et du shampoing). (Ceci une facon deguisee de demontrer mon degre de desesperance a toute ame charitable qui souhaite envoyer un paquet a mon nom au WorldFish, ;) )

Pour finir, retour au Bangladesh, ou a peine poses sur la piste j'hesite deja entre rire et pleurer... a peine les roues touchent la piste, on entend les clics de toutes les ceintures qui se detachentm et tout le monde commence a se lever pour chercher leurs sacs dans les compartiments surcharges. Les hotesses paniquent et demandant a tout le monde de s'asseoir, c'est dangereux, l'avion n'a meme pas encore fini de ralentir. Une fois, deux fois, trois fois. Personne n'ecoute. Le pilot prend la parole et menace d'arreter l'avion ici si ils ne se rasseyent pas. Ils se rasseyent. DEUX minutes plus tard, rebelote. Non mais ou est-ce qu'ils esperent aller avec leurs sacs alors que l'avion n'est meme pas encore arrete? qu'est-ce qu'ils gagnent a se contorsionner sous les plafonds pendant 20 minutes jusqu'a ce qu'ils puissent sortir? Allez savoir. Le pilote est contraint de stopper l'avion entre la piste et le terminal, jusqu'a ce que tout le monde se reinstalle, puis finalement repart en direction du terminal.
presque deux heures pour recuperer les bagages, puis la queue a la sortie ou les autorites scannent les bagages. Formalite auquelle les blancs n'ont pas a se soumettre, mais nous faisons la queue comme tout le monde. Une queue. Puis deux. Puis comme les deux queues sont longues, toutes les personnes arrivant ensuite vont simplement directement a l'avant et passent devant tout le monde. et que tout le monde se precipite avec leurs chariots jusqu'a ce qu'ils soient tellement imbriques les uns dans les autres que plus personne ne peut bouger. Juste comme le traffic dans les rues. Desesperant. Je me suis fache tout rouge devant les gens qui doublent tout le monde impunement mais la seule reponse a ete "lui aussi l'a fait avant moi!". Tu m'etonnes que ce pays aille mal. Welcome back!

Jour de hartal, bonjour!

Ce matin:
- Se reveiller trempee de sueur: il y a eu une coupure de courant pendant la nuit, la clim (que je regle a 29 degres) est eteinte
- Prendre une douche
- Se preparer un bol de muesli. Chouette, il reste du muesli. Finir le muesli. Se rentre compte (trop tard) que le lait est caille. Berk.
- Se preparer a partir au boulot. Descendre, prendre son velo, franchir le portail. Se rendre compte que j'ai oublie mon sac avec mon ordi. Remonter. Redescendre.
- Aller au boulot. Se retrouver devant la porte de l'etage fermee a cle, parce que les quelques personnes qui ont la cle ne sont pas venues. Jour de hartal.
- Rentrer a la maison. Se faire dire par les gardes que je suis gentille et "open minded". Je les aime (je crois que je suis a peu pres la seule personne de l'immeuble qui leur parle et qui suis gentille avec eux). Remonter. Prendre une douche.
- S'installer devant son ordi, dans sa chambre, comme tous les autres jours de la semaine, et possiblement des semaines a venir. Damn. En Short. Dieu merci.

Dhaka, 40 degres, jour de hartal.
Hartal situation: cette semaine quatre jours de travail sur cinq sont des hartals (lundi-jeudi). Ce qui veut dire que la plupart des magasins sont fermes, que la plupart des bureaux sont fermes, que l'ambassade recommande de ne sortir qu'en cas d'extreme necessite, et que les pauvres gens ne peuvent pas travailler (les riches non plus mais ils ne sont pas payes a la journee et ont plus de reserves financieres pour s'en sortir). Les rumeurs parlent de hartal vendredi et samedi. Nouvelle politique au boulot: les bureaux sont fermes les jours de hartal (oui je sais mais j'ai tente quand meme, certaines personnes sont la, il faut juste tomber sur ceux qui ont la cle). Ceux qui ne peuvent pas bosser de chez eux doivent prendre des conges ou rattraper le week-end. Oui mais si c'est hartal les week-ends aussi ca va devenir complique!

Sinon, c'est le nouvel an bengali ce week-end. Une occasion de mettre un sari blanc et/ou rouge et d'aller faire un tour a Dhaka university. S'il n'y a pas de hartal. 

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dimanche 7 avril 2013

De retour dans le Desh: le point sur la situation

Salut à tous,
Apres une superbe bouffee d'oxygene aux Philippines (article à venir), nous voilà de retour à dhaka et pour être honnête ca fait un peu l'effet d'arriver en plein chaos. Quelques points rapides avant d'aller au boulot:

x) Pendant notre absence, des blogueurs du mouvement de Shahbagh ont été arrêtés par le gouvernement, sur demande de l'opposition (et des partis islamistes), pour avoir publié des propos athés et anti-islam. Ils n'ont pas encore été jugés. Reporters sans frontières a pris la défense de l'un d'eux, attaqué au poignard il y a quelques semaines par Jamaat (le parti islamiste). Il n'est pas encore complètement remis de ses blessures et est maintenant emprisonné sans soins.
Article ici: http://en.rsf.org/bangladesh-blogger-asif-mohiuddin-arrested-03-04-2013,44295.html

x) Marche dans Dhaka hier par les partis pro-islamistes (supportant l'opposition): quelques centaines de milliers de personnes présentes.

> Au total ils ont 13 exigences, et menacent de bloquer Dhaka et de l'isoler du reste du pays le 5 Mai si le gouvernement ne respecte pas ces 13 points. Article ici:
http://www.thedailystar.net/beta2/news/govt-given-three-weeks/

> La demande principale est la pendaison des blogueurs arretés, et la création d'une loi imposant la peine de mort à quiconque dénigrerait l'islam. Et bien sur de réintégrer dans la constitution la foi en Allah, et de remettre en place une solide éducation islamiste "parce que Dhaka est devenue une ville d'athéistes et c'est intolérable".

> Parmi les 13 points, ils exigent également l'interdiction de rassemblement ou associations mixant hommes et femmes, et de bannir toutes les 'introductions de culture étrangère". Des attaques contre des femmes présentes sur les lieux ont été reportées, article du Daily Star (en anglais) ici:
http://bdnews24.com/bangladesh/2013/04/06/women-in-hifazat-rally-area-assaulted

Ce week-end les choses semblaient calmes à Banani et Gulshan mais on reste bien sur nos gardes et on commence sérieusement à se demander ce qui va se passer. Triste de voir comme ce pays souffre de tout ca en ce moment... Tout ce que j'aimerais vous demander c'est d'en parler un peu autour de vous, c'est tellement dingue que les medias internationaux ne s'intéressent toujours pas à cette situation...

Bisous