Salut la compagnie,
Les jours filent a toute vitesse et je fais de mon mieux pour boucler le maximum d'ici jeudi, mon dernier jour de boulot. Je lis d'autant d'articles scientifiques que possible pour supporter nos resultats dans le papier sur lequel je travaille : l'impact de la mise en place de microhabitats a poissons dans les rizieres sur la population locale (nutrition, impact economique) et l'ecosysteme. L'article ne sera pas termine a mon depart mais sera laisse entre les bonnes mains de plusieurs de mes collegues. Nous avons les resultats et l'histoire, maintenant il s'agit "juste" de peaufiner tout ca joliment et l'enrichir de quelques references supplementaires avant de le soumettre au journal choisi.
En parallele nous avons eu plusieurs discussions sur le futur du projet et des recherches associees. Il y a plusieurs elements interessants en cours, les axes principaux etant:
- le travail sur les microhabitats dans les rizieres, et en general la modification d'habitat (landscape modification) par les fermiers
- le travail autour de notre "Climate-Smart House", un prototype de maison resistante aux cyclones, qui inclue un systeme de recuperation d'eau de pluie alimente a un reservoir d'eau potable et un reservoird'irrigation dans lequel on cultive egalement des poissons qui fertilisent l'eau, lui-meme alimentant via un systeme goutte a goutte tout notre systeme d'agriculture verticale tout autour de la maison. Notre maison inclue aussi un compost et un four ameliore. Le prototype vient uste d'etre construit dans le sud du Bangladesh, dans une zone hautement affectee par la salinite, les inondations et les cyclones, et la collecte de donnees va commencer cette annee, pour alimenter la recherche qui permettra de voir si ce systeme est effectivement plus "resilient" et plus productif qu'une maison traditionnelle avec agriculture traditionnelle.
- le travail autour des assurances a index climatique, a l'occasion duquel nous avons organise un atelier rassemblant toutes les organisations qui travaillent actuellement surle sujet au bangladesh et avons cree ce qu'on appelle en anglais une 'communaute de pratique' (un reseau de discussion et de partage d'information). La prochaine etape est de se rendre dans quelques communautes pour jouer un jeu pedagogique permettant aux fermiers de mieux comprendre le fonctionnement de l'assurance, et nous permettre a nous de mesurer leur interet et de developper un systeme viable et adapte a leurs besoins.
Le concept d'une assurance a index climatique est d'assurer une culture contre une menace climatique specifique, avec la particularite que l'assurance ne prend pas en compte les degats subis mais uniquement les parametres climatiques. Example: on sait que juin est une periode critique pour la culture de riz dans X region du Bangladesh: s'il ne pleut pas pendant 5 jours, toute la recolte risque d'etre perdue. L'index peut donc etre fixe a cinq jours consecutifs sans pluie. Si l'index est atteint, le fermier touche l'argent (quel que soit le niveau de dommages subis). Si l'index n'est pas atteint, le fermier ne touche rien (quel que soit le niveau de dommages subis). Il faut donc de tres bonnes connaissances de la region avant de pouvoir fixer un index coherent, et c'est le but du travail a venir. L'avantage de ce systeme d'assurance compare a un systeme d'assurance plus classique base sur les degats, est qu'il requiert nettement moins de paperasse, et donc permet d'economiser du temps et de l'argent, ce qui par consequent permet de reduire le premium. Pas besoin pour la compagnie d'assurance d'envoyer quelqu'un sur place pour evaluer les degats, pas besoin pour le fermier de remplir toute sorte de paperasse compliquee, il n'a en fait rien a faire.
Bon. Cela dit, vous me direz que c'est bien beau mais la compagnie doit se faire de l'argent, et ca va finir sur le dos du fermier. Effectivement, il va y avoir:
- des "bonnes annees", ou les conditions meteorologiques sont bonnes et la recolte est bonne, et ou le fermier n'utilise donc pas l'assurance,
- des "mauvaises annees" ou les conditions meteorologiques sont mauvaises et depassent l'index, et ou le fermier touche l'assurance,
- et des"mauvaises annees" ou les conditions sont mauvaises mais pas au point de depasser l'index, donc le fermier subit des pertes mais ne touche pas l'assurance.
Prenons l'exemple d'un cultivateur de riz. Il a le choix entre les varietes "normales" a prix bas et a rendement tres moyen, ou des varietes plus adaptees aux conditions locales (secheresse, inondations, salinite), arendement plus eleve mais a prix egalement plus eleve. Il peut s'offir la variete normale, mais est contraint de faire un emprunt s'il veut acheter la variete amelioree. Or faire un emprunt est risque, parce que si les conditions climatiques cette annee-la sont mauvaises, il pert tout et ne pourra pas rembourser son emprunt. Le concept (et la cle de la reussite) est que l'assurance permette au fermier de se debarrasser de cette crainte, et par consequent de franchir le pas en investissant dans une technologie plus productive. De ce fait, il touche l'argent de l'assurance en cas de tres mauvaise annee (donc ne perd rien et peut quand meme rembourser son emprunt) et il produit plus, donc genere plus de profits en cas de bonne annee. Il reste toujours les annees relativement mauvaises, pour lesquelles il perd une partie de sa recolte et ne touche pas l'argent de l'assurance. L'ideal est alors d'avoir en parallele un systeme d'epargne communautaire qui puisse dedommager les fermiers durant ces annees-la.
J'ai vraiment adore travailler sur ces differentes thematiques, je trouve chacune d'entre elle carrement passionnante et j'ai hate de voir ce qu'il va advenir de ce projet, et donc de CCAFS Bangladesh, durant l'annee qui vient. De mon cote, j'ai des decisions a prendre quant a l'orientation que je veux donner a ma carriere et a l'annee qui vient. Des opportunites se profilent, voyons ou elles meneront. En attendant, il est temps de prendre un break. Je m'envole pour Borneo dimanche pour trois semaines avec Arianna, une hollandaise trouvee sur un forum de voyage, et que je n'ai pas encore rencontree mais qui, d'apres nos echanges de mails, devrait etre une excellente compagnonne de voyage. Je retrouve ensuite maman en Thailande, puis Marion, une vieille amie (depuis la 6eme), en Birmanie. Que l'aventure commence!
N'hesitez pas a laisser un commentaire ou envoyer un petit mail, ca fait toujours plaisir :)
Les jours filent a toute vitesse et je fais de mon mieux pour boucler le maximum d'ici jeudi, mon dernier jour de boulot. Je lis d'autant d'articles scientifiques que possible pour supporter nos resultats dans le papier sur lequel je travaille : l'impact de la mise en place de microhabitats a poissons dans les rizieres sur la population locale (nutrition, impact economique) et l'ecosysteme. L'article ne sera pas termine a mon depart mais sera laisse entre les bonnes mains de plusieurs de mes collegues. Nous avons les resultats et l'histoire, maintenant il s'agit "juste" de peaufiner tout ca joliment et l'enrichir de quelques references supplementaires avant de le soumettre au journal choisi.
En parallele nous avons eu plusieurs discussions sur le futur du projet et des recherches associees. Il y a plusieurs elements interessants en cours, les axes principaux etant:
- le travail sur les microhabitats dans les rizieres, et en general la modification d'habitat (landscape modification) par les fermiers
- le travail autour de notre "Climate-Smart House", un prototype de maison resistante aux cyclones, qui inclue un systeme de recuperation d'eau de pluie alimente a un reservoir d'eau potable et un reservoird'irrigation dans lequel on cultive egalement des poissons qui fertilisent l'eau, lui-meme alimentant via un systeme goutte a goutte tout notre systeme d'agriculture verticale tout autour de la maison. Notre maison inclue aussi un compost et un four ameliore. Le prototype vient uste d'etre construit dans le sud du Bangladesh, dans une zone hautement affectee par la salinite, les inondations et les cyclones, et la collecte de donnees va commencer cette annee, pour alimenter la recherche qui permettra de voir si ce systeme est effectivement plus "resilient" et plus productif qu'une maison traditionnelle avec agriculture traditionnelle.
- le travail autour des assurances a index climatique, a l'occasion duquel nous avons organise un atelier rassemblant toutes les organisations qui travaillent actuellement surle sujet au bangladesh et avons cree ce qu'on appelle en anglais une 'communaute de pratique' (un reseau de discussion et de partage d'information). La prochaine etape est de se rendre dans quelques communautes pour jouer un jeu pedagogique permettant aux fermiers de mieux comprendre le fonctionnement de l'assurance, et nous permettre a nous de mesurer leur interet et de developper un systeme viable et adapte a leurs besoins.
Le concept d'une assurance a index climatique est d'assurer une culture contre une menace climatique specifique, avec la particularite que l'assurance ne prend pas en compte les degats subis mais uniquement les parametres climatiques. Example: on sait que juin est une periode critique pour la culture de riz dans X region du Bangladesh: s'il ne pleut pas pendant 5 jours, toute la recolte risque d'etre perdue. L'index peut donc etre fixe a cinq jours consecutifs sans pluie. Si l'index est atteint, le fermier touche l'argent (quel que soit le niveau de dommages subis). Si l'index n'est pas atteint, le fermier ne touche rien (quel que soit le niveau de dommages subis). Il faut donc de tres bonnes connaissances de la region avant de pouvoir fixer un index coherent, et c'est le but du travail a venir. L'avantage de ce systeme d'assurance compare a un systeme d'assurance plus classique base sur les degats, est qu'il requiert nettement moins de paperasse, et donc permet d'economiser du temps et de l'argent, ce qui par consequent permet de reduire le premium. Pas besoin pour la compagnie d'assurance d'envoyer quelqu'un sur place pour evaluer les degats, pas besoin pour le fermier de remplir toute sorte de paperasse compliquee, il n'a en fait rien a faire.
Bon. Cela dit, vous me direz que c'est bien beau mais la compagnie doit se faire de l'argent, et ca va finir sur le dos du fermier. Effectivement, il va y avoir:
- des "bonnes annees", ou les conditions meteorologiques sont bonnes et la recolte est bonne, et ou le fermier n'utilise donc pas l'assurance,
- des "mauvaises annees" ou les conditions meteorologiques sont mauvaises et depassent l'index, et ou le fermier touche l'assurance,
- et des"mauvaises annees" ou les conditions sont mauvaises mais pas au point de depasser l'index, donc le fermier subit des pertes mais ne touche pas l'assurance.
Prenons l'exemple d'un cultivateur de riz. Il a le choix entre les varietes "normales" a prix bas et a rendement tres moyen, ou des varietes plus adaptees aux conditions locales (secheresse, inondations, salinite), arendement plus eleve mais a prix egalement plus eleve. Il peut s'offir la variete normale, mais est contraint de faire un emprunt s'il veut acheter la variete amelioree. Or faire un emprunt est risque, parce que si les conditions climatiques cette annee-la sont mauvaises, il pert tout et ne pourra pas rembourser son emprunt. Le concept (et la cle de la reussite) est que l'assurance permette au fermier de se debarrasser de cette crainte, et par consequent de franchir le pas en investissant dans une technologie plus productive. De ce fait, il touche l'argent de l'assurance en cas de tres mauvaise annee (donc ne perd rien et peut quand meme rembourser son emprunt) et il produit plus, donc genere plus de profits en cas de bonne annee. Il reste toujours les annees relativement mauvaises, pour lesquelles il perd une partie de sa recolte et ne touche pas l'argent de l'assurance. L'ideal est alors d'avoir en parallele un systeme d'epargne communautaire qui puisse dedommager les fermiers durant ces annees-la.
J'ai vraiment adore travailler sur ces differentes thematiques, je trouve chacune d'entre elle carrement passionnante et j'ai hate de voir ce qu'il va advenir de ce projet, et donc de CCAFS Bangladesh, durant l'annee qui vient. De mon cote, j'ai des decisions a prendre quant a l'orientation que je veux donner a ma carriere et a l'annee qui vient. Des opportunites se profilent, voyons ou elles meneront. En attendant, il est temps de prendre un break. Je m'envole pour Borneo dimanche pour trois semaines avec Arianna, une hollandaise trouvee sur un forum de voyage, et que je n'ai pas encore rencontree mais qui, d'apres nos echanges de mails, devrait etre une excellente compagnonne de voyage. Je retrouve ensuite maman en Thailande, puis Marion, une vieille amie (depuis la 6eme), en Birmanie. Que l'aventure commence!
N'hesitez pas a laisser un commentaire ou envoyer un petit mail, ca fait toujours plaisir :)