mardi 28 janvier 2014

Petit retour sur mon travail (ou: chomage, J-2)

Salut la compagnie,

Les jours filent a toute vitesse et je fais de mon mieux pour boucler le maximum d'ici jeudi, mon dernier jour de boulot. Je lis d'autant d'articles scientifiques que possible pour supporter nos resultats dans le papier sur lequel je travaille : l'impact de la mise en place de microhabitats a poissons dans les rizieres sur la population locale (nutrition, impact economique) et l'ecosysteme. L'article ne sera pas termine a mon depart mais sera laisse entre les bonnes mains de plusieurs de mes collegues. Nous avons les resultats et l'histoire, maintenant il s'agit "juste" de peaufiner tout ca joliment et l'enrichir de quelques references supplementaires avant de le soumettre au journal choisi.

En parallele nous avons eu plusieurs discussions sur le futur du projet et des recherches associees. Il y a plusieurs elements interessants en cours, les axes principaux etant:

- le travail sur les microhabitats dans les rizieres, et en general la modification d'habitat (landscape modification) par les fermiers

- le travail autour de notre "Climate-Smart House", un prototype de maison resistante aux cyclones, qui inclue un systeme de recuperation d'eau de pluie alimente a un reservoir d'eau potable et un reservoird'irrigation dans lequel on cultive egalement des poissons qui fertilisent l'eau, lui-meme alimentant via un systeme goutte a goutte tout notre systeme d'agriculture verticale tout autour de la maison. Notre maison inclue aussi un compost et un four ameliore. Le prototype vient uste d'etre construit dans le sud du Bangladesh, dans une zone hautement affectee par la salinite, les inondations et les cyclones, et la collecte de donnees va commencer cette annee, pour alimenter la recherche qui permettra de voir si ce systeme est effectivement plus "resilient" et plus productif qu'une maison traditionnelle avec agriculture traditionnelle.

- le travail autour des assurances a index climatique, a l'occasion duquel nous avons organise un atelier rassemblant toutes les organisations qui travaillent actuellement surle sujet au bangladesh et avons cree ce qu'on appelle en anglais une 'communaute de pratique' (un reseau de discussion et de partage d'information). La prochaine etape est de se rendre dans quelques communautes pour jouer un jeu pedagogique permettant aux fermiers de mieux comprendre le fonctionnement de l'assurance, et nous permettre a nous de mesurer leur interet et de developper un systeme viable et adapte a leurs besoins.

Le concept d'une assurance a index climatique est d'assurer une culture contre une menace climatique specifique, avec la particularite que l'assurance ne prend pas en compte les degats subis mais uniquement les parametres climatiques. Example: on sait que juin est une periode critique pour la culture de riz dans X region du Bangladesh: s'il ne pleut pas pendant 5 jours, toute la recolte risque d'etre perdue. L'index peut donc etre fixe a cinq jours consecutifs sans pluie. Si l'index est atteint, le fermier touche l'argent (quel que soit le niveau de dommages subis). Si l'index n'est pas atteint, le fermier ne touche rien (quel que soit le niveau de dommages subis). Il faut donc de tres bonnes connaissances de la region avant de pouvoir fixer un index coherent, et c'est le but du travail a venir. L'avantage de ce systeme d'assurance compare a un systeme d'assurance plus classique base sur les degats, est qu'il requiert nettement moins de paperasse, et donc permet d'economiser du temps et de l'argent, ce qui par consequent permet de reduire le premium. Pas besoin pour la compagnie d'assurance d'envoyer quelqu'un sur place pour evaluer les degats, pas besoin pour le fermier de remplir toute sorte de paperasse compliquee, il n'a en fait rien a faire.

Bon. Cela dit, vous me direz que c'est bien beau mais la compagnie doit se faire de l'argent, et ca va finir sur le dos du fermier. Effectivement, il va y avoir:
- des "bonnes annees", ou les conditions meteorologiques sont bonnes et la recolte est bonne, et ou le fermier n'utilise donc pas l'assurance,
- des "mauvaises annees" ou les conditions meteorologiques sont mauvaises et depassent l'index, et ou le fermier touche l'assurance,
- et des"mauvaises annees" ou les conditions sont mauvaises mais pas au point de depasser l'index, donc le fermier subit des pertes mais ne touche pas l'assurance.

Prenons l'exemple d'un cultivateur de riz. Il a le choix entre les varietes "normales" a prix bas et a rendement tres moyen, ou des varietes plus adaptees aux conditions locales (secheresse, inondations, salinite), arendement plus eleve mais a prix egalement plus eleve. Il peut s'offir la variete normale, mais est contraint de faire un emprunt s'il veut acheter la variete amelioree. Or faire un emprunt est risque, parce que si les conditions climatiques cette annee-la sont mauvaises, il pert tout et ne pourra pas rembourser son emprunt. Le concept (et la cle de la reussite) est que l'assurance permette au fermier de se debarrasser de cette crainte, et par consequent de franchir le pas en investissant dans une technologie plus productive. De ce fait, il touche l'argent de l'assurance en cas de tres mauvaise annee (donc ne perd rien et peut quand meme rembourser son emprunt) et il produit plus, donc genere plus de profits en cas de bonne annee. Il reste toujours les annees relativement mauvaises, pour lesquelles il perd une partie de sa recolte et ne touche pas l'argent de l'assurance. L'ideal est alors d'avoir en parallele un systeme d'epargne communautaire qui puisse dedommager les fermiers durant ces annees-la.

J'ai vraiment adore travailler sur ces differentes thematiques, je trouve chacune d'entre elle carrement passionnante et j'ai hate de voir ce qu'il va advenir de ce projet, et donc de CCAFS Bangladesh, durant l'annee qui vient. De mon cote, j'ai des decisions a prendre quant a l'orientation que je veux donner a ma carriere et a l'annee qui vient. Des opportunites se profilent, voyons ou elles meneront. En attendant, il est temps de prendre un break. Je m'envole pour Borneo dimanche pour trois semaines avec Arianna, une hollandaise trouvee sur un forum de voyage, et que je n'ai pas encore rencontree mais qui, d'apres nos echanges de mails, devrait etre une excellente compagnonne de voyage. Je retrouve ensuite maman en Thailande, puis Marion, une vieille amie (depuis la 6eme), en Birmanie. Que l'aventure commence!

N'hesitez pas a laisser un commentaire ou envoyer un petit mail, ca fait toujours plaisir :)

jeudi 23 janvier 2014

Rocking Penang

Presque deux semaines sont passees depuis mon arrivee deja, et dans deux semaines je serai en train de plonger a Sipadan, Borneo. Cela dit, meme si bien entendu je me rejouis enormement pour le voyage, je crois que je me plairais a Penang un peu plus longtemps. C'est le cadre ideal pour finir mon contrat.

Le siege du Worldfish me change pas mal du Bangladesh. Alors que nous sommes pas loin de 70 entasses sur trois etages d'une maison dans un quartier anime de Banani, le siege ici est un ensemble de batiments entoures de vegetation luxuriante, sur un grand campus et avec un etang a poissons. Je ne sais pas exactement combien de personnes y travaillent mais le batiment ou je suis est pratiquement vide! Pour le lunch une joyeuse bande de collegues pasent me chercher pour manger dans un des restos tout pres du Worldfish. C'est local, et ca fonctionne comme un buffet, mais on ne paie pas a la quantite mais au nombre de plats differents sur l'assiette. Le naan-dal-alu bharta du Bangladesh est remplace par des assiettes de riz, legumes, poisson seche grille et cacahuetes, viande...

Cote finances, bien que je ne paie pas de loyer il semble que les logements soient incroyablement moins chers qu'a Dhaka! La nourriture est aussi extremement bon marche, et le maximum que j'aie paye jusqu'a present pour le lunch est 7,5 ringgit aujourd'hui (1,70 euros), pour une grosse assiette tres variee! en fait j'ai achete pas malde nourriture en arrivant pour pouvoir me faire des legumes et des salades a la maison (c'est toujours ce qui manque dans les restos et les tues), mais niveau rentabilite c'est clairement plus cher!!

Le traffic est assez mauvais surtout le matin pour aller au boulot, encore un changement. Moi qui vivais a cinq minutes en velo, j'en ai maintenant pour 40 minutes de voiture. Cela dit l'air est nettement moins pollue qu'a Dhaka. Je fais le trajet avec Olek, un stagiaire sud-africain, et Hidayah qui nous conduit, une collegue malaie. Les conversations vont bon train et c'est en fait tres sympa puisqu'au final c'est ma seule occasion d'apprendre a la connaitre.

L'appart aussi me change pas mal, c'est carrement luxueux compare a mon petit chez moi cosy Bangladeshi, et la vue sur l'ocean depuis le 35eme etage a je dois dire un leger avantage sur la vue sur Banani lake. Cela dit, on y voit les memes oiseaux (les Banani birds!!!), des rapaces qui ressemblent a des milans sacres, avec un corps brun et une tete blanche. Je ne me lasse pas de la vue, l'eau est assez peu profonde puisque la baie a cet endroit est soumise a d'importantes marees donc quand la maree est haute et qu'il y a du soleil l'eau prend une jolie teinte bleu-vert qui met le sourire aux levres et fait se sentir en vacances. Les gardes en bas n'ont vraiment pas le meme standing que mes gardes bien-aimes de Dhaka qui je dois dire me manquent un peu quand meme, mais me font des grands sourires et des grands signes de main quand je pars le matin et rentre le soir, et mine de rien ca met de bonne humeur :)

Cote sport, je n'ai plus mon petit trajet en velo tous les jours, mais j'ai quand meme un velo a disposition et si je ne l'utilise pas pour aller au boulot, je m'en sers quand meme le week-end ou dans la semaine quand je sors le soir. Comme on est generalement de retour au plus tard a 17h30, ce qui est encore un tres grand changement pour moi, et qu'il fait jour jusqu'a au moins 19h, les collegues vont souvent faire une petite marche dans la jungle et les collines autour du jardin botanique. C'est ce que j'ai fait avant-hier et aujourd'hui, ca me parait trop beau pour etre vrai de pouvoir juste aller marcher dans la jungle n'importe quel jour apres le boulot!

Cote culturel, rien de bien fou apres Thaipusam. Cela dit le Nouvel an chinois approche (31 janvier), et les Malais comme les Chinois sont en pleins preparatifs. C'est plutot une fete celebree en famille mais les decorations, les signes chinois et les lanternes rouges fleurissent dans les rues. Je crois que si je savais que je restais un moment, je me mettrais au chinois.

En regle generale les locaux sont adorables, et je dois dire que je retrouve certains aspects du Bangladesh, comme les salutations aleatoires en passant dans la rue. La magie du sourire marche a tous les coup, et je trouve la plupart des vieilles personnes vraiment belles alors quand elles se fendent d'un sourire je fonds. Je me rends compte que je n'ai en fait pas vu beaucoup d'etrangers en dehors du WorldFish, c'est vaiment principalement des malais, des chinois et des indiens. Donc petit bemol quand meme: pour du long terme, les jeunes disent que c'est assez difficile de rencontrer d'autres jeunes expats (et ils n'ont pas l'air non plus d'avoir des amis locaux), du coup ils restent seulement entre collegues et conjoints. Les conjoints ont le meme discours, ils trouvent que sans activite professionnelle c'est vraiment dur de rencontrer du monde.

Les jours passent a toute vitesse, je crois que j'aimerais vraiment juste prendre les choses doucement, sortir avec mon appareil photo, prendre le temps de trouver les marches locaux et essayer de capturer tout ca en images. Avoir plus de temps pour ca. Juste le quotidien. Ce soir apres la rando je me suis arretee a un marche de nourriture de rue.Je me suis achete un jus de kiwi et un laksa, soupe de nouille traditionnelle avec des grosses nouilles epaisses blanches, des legumes et des boulettes de poisson. Le marche etait bourre de monde, ambiance toute simple vraiment chouette. La nourriture n'etait pas extraordinaire, mais j'ai apprecie l'atmosphere. Je sais bien qu'il ne faut pas essayer de tout capturer a travers une lentille d'appareil photo, mais je dois dire que j'apprecie de plus en plus de prendre des photos, et je pense que je les prends differemment parce que j'essaie davantage de capturer les atmospheres, les couleurs. Je trouve que ca donne un regard different sur les choses, ca permet de remarquer et d'apprecier des details, toutes ces petites choses qui contribuent a faire d'une atmosphere ce qu'elle est. Ca fait souvent des photos tres personnelles car intimement reliees a des sentiments et des impressions, mais ca aide a se souvenir de toute cette vague de nouveautes et de decouvertes :)

Voila pour la semaine! Demain c'est vendredi puis le week-end. Surement une autre rando et peut-etre une autre ballade en scooter a la decouverte d'une des plages de l'ile. Il y a aussi un festival de courts-metrages. Waouh, il ne me reste ne fait que cinq jours de boulot, sachant que vendredi prochain est ferie pour le nouvel an chinois!!

J'espere que tout va bien pour vous dans vos coins respectifs du monde :)
Bisous, a plus!


lundi 20 janvier 2014

Festival de Thaipusam, Penang Malaisie

Salut a tous!

Voila maintenant une semaine que je suis arrivee a Penang, et je n'ai pas chaume. Outre le fait que le changement d'environnement soit parfois vraiment bon pour le boulot et la concentration et que j'ai donc ete pas mal efficace, j'ai aussi deja eu mon lot de decouverte culturelle.

Une des choses les plus interessantes a Penang - mis a part le fait que ce soit une ile et qu'il y fasse 30 degres en permanence, fait non negligeable et plutot appreciable en janvier - est la mixite culturelle. On y trouve un incroyable melange de chinois, indiens, malais et etrangers qui semblent vivre tout a fait en harmonie et cree un melange culturel des plus interessants. Alors que je m'etais penchee plutot sur la culture chinoise lors de ma derniere visite (laquelle est completement nouvelle pour moi), j'ai cette fois-ci eu la chance d'assister au plus gros festival Tamoul de l'annee, Thaipusam.

Thaipusam celebre le jeune frere de Ganesh, le plus jeune fils de Shiva et Parvati. La tradition veut que les fideles s'abstiennent de viande pendant une quarantaine de jours avant le festival (et traditionnellement se contentaient de lait et de fruits durant toute cette periode), puis demarrent un pelerinage, pieds nus, plus ou moins long selon l'endroit d'ou ils viennent, jusqu'a certains temples ou ils font des offrandes de lait et de fruits a la divinite. Nous avons croise des groupes qui avaient marche pieds nus pendant quatre jours depuis une zone situee a 180km de Penang! Il existe ensuite differents actes de devotion, tel que le fait de se raser la tete et se couvrir le crane de pate de bois de santal, pour remercier la divinite d'avoir exauce certaines de leurs prieres.

Le premier jour du festival, les fideles qui viennent de loin arrivent en ville, et des pretres transportent l'image de la divinite depuis un temple au centre de Georgetown jusqu'a un temple sur une colline, precedes d'une immense procession devant laquelle la foule eclate des noix de coco sur le sol. Des milliers de personnes attendent, noix de coco a la main, que le signal soit donne, et s'en donnent a coeur joie pour les eclater par terre. Plutot satisfaisant a faire je dois dire, meme si c'est dommage pour toutes ces noix gaspillees.





Mais le plus impressionnant est le deuxieme jour, lorsque des dizaines d'hommes se font transpercer les joues et parfois la langue par des barres metalliques, et se font planter plusieurs dizaines de crochets dans la peau du dos, relies a des cordes qu'un deuxieme homme enroule autour de sa taille et se fait tirer jusqu'au temple. Certains vont jusqu'a tirer des chariots, uniquement par ces crochets plantes dans leur dos. Je crois que c'est parmi les plus impressionnantes ceremonies que j'ai vues jusqu'a present.

Articles ici (http://www.lefigaro.fr/photos/2014/01/17/01013-20140117ARTFIG00361-la-malaisie-celebre-la-fete-de-thaipusam.php) et la (http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/video/2014/01/17/prieres-et-mutilations-corporelles-au-festival-thaipusam_4350230_3216.html), et mes photos visibles pendant quelques temps ici (http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/video/2014/01/17/prieres-et-mutilations-corporelles-au-festival-thaipusam_4350230_3216.html), mais je supprimerai le fichier lorsque j'aurai a nouveau besoin de place.







dimanche 12 janvier 2014

A dans deux mois et demi, Bangladesh!

Mon boss dit toujours que les gens pleurent deux fois au Bangladesh: quand ils arrivent et quand ils repartent (je crois qu’il a copie Bienvenue chez les Chtis!!). Cela dit je dois dire que je ne suis pas d’accord. Je n’ai pas pleuré en arrivant.

Je suis arrivée un jeudi il y a deux ans et demi. J’ai été cherchée a l’aéroport par Chunnu, un chauffeur du Worldfish, qui m’a appris mes premiers mots de bangla sur le chemin (en fait non, ce vendeur de popcorn bangladeshi près de la fac de Creteil m’avait déjà appris les formules de politesse). Il m’a déposée au bureau ou j’ai rencontré pour la première fois Bill, le boss d’alors, qui m’a dit « Ah, tu vas travailler sur le changement climatique. Tu as des sous pour ça ? ». Bienvenue au WorldFish, je crois que c’était une bonne introduction pour tout ce qui allait m’attendre !!

Apres jeudi, c’était le week-end, et Afrina (ma collègue et super bonne amie que je ne connaissais pas encore à ce moment) m’a posé un lapin le premier jour. Je me suis donc contentée d’un tour dans Banani et Gulshan ce jour-là et ai joué au cricket avec des gamins dans le terrain vague juste à côté de ce qui deviendrait ma rue et mon appartement (mais ça je ne le savais pas encore). Le lendemain, décidée à profiter de la journée, je me suis rendue a Old Dhaka, armée de mon Lonely Planet et à la grande surprise / inquiétude des adorables staffs de l’hôtel ou je restais (et où sont restés les Braun et Kouka). Il pleuvait, et je me souviens comme je me suis sentie toute petite ce jour-là : des gens partout, faire attention à ne pas mettre les pieds dans l’eau ou les détritus en décomposition, ne pas se faire heurter par un rickshaw, ne pas foncer dans quelqu’un, s’en sortir au milieu des interpellations venant de partout « which country which country ? ».  J’ai rencontré deux filles dans le Lalbagh fort. Elles m’ont invitées chez elles et je les ai suivies, pour ma première incursion dans une famille, et la première fois (parmi de nombreuses) que je me retrouvais assise sur un lit au milieu de la pièce commune avec toute une famille qui me dévisage en silence, un sourire sur les lèvres. Puis j’ai demandé ma route et ai trouvé le chemin jusqu’au Pink Palace, que j’ai visité à la lumière de la lampe de poche de mon vieux Nokia parce qu’il y avait une coupure de courant ! Puis à la sortie je rencontre Wahed, qui me demande si ça m’a plu, si j’ai des questions, qui m’explique qu’il est guide et adore faire visiter sa ville aux étrangers. Il m’emmène voir Hindu Street et me laisse sa carte. A ce moment-là je ne savais pas qu’il sera un ami tout au long de ces deux ans et demi et que je viendrais le voir à chacune de mes visites de la vieille ville. Mon plus vieil ami !

Lorsque la semaine suivante Bill me présente a tous ces expats qui m’enjoignent de faire attention, que c’est dangereux là-dehors, qu’il ne fait pas prendre de rickshaw, ne pas sortir seule, ne pas sortir le soir etc. etc., c’est trop tard. Je me suis déjà fait ma propre idée, et je remercie Afrina pour m’avoir oubliée ce jour-là et de m’avoir ainsi permis de découvrir le Bangladesh avec des yeux tous nouveaux, bien à moi et sans recommandations et mises en garde préalables. Je crois que c’est ce jour-là qu’a commencé mon histoire d’amour avec ce pays.

Je n’ai donc pas pleuré en arrivant, mais j’ai effectivement pleuré en partant ! On me demande souvent ce que j'aime ou ce que je préfère au Bangladesh, et c'est très dur à expliquer. Il y a quelque chose de magique dans l'atmosphère, et cette magie vient clairement des gens. De leur quelque chose de foncièrement gentil et curieux sans attrait financier et sans cette sensation d'être un porte-monnaie sur pattes. Il faut accepter parfois d’être encercle par cinquante personnes qui vous prennent en photo. Ou de se faire suivre par quelqu'un qui veut juste savoir si vous venez du Kenya ou de Chine ou si la France est à côté des Etats-Unis. Ou simplement se faire dire Merci par un inconnu dans la rue, juste pour être là. De leurs sourires sincères, de leurs invitations, de leur grand cœur. Je crois que les gens ont cette sorte de reconnaissance, de curiosité ou d'incompréhension relative à la raison de votre séjour ici, qu'il n'y a aucun touriste et que la vie n'est pas facile, mais également parce qu’ils doivent se battre au quotidien pour s'en sortir dans un pays qui honnêtement n'a rien pour lui, et que malgré tout ils sourient... 

Et voilà, depuis hier je ne vis plus officiellement au Bangladesh! Je ne rentre pas en France de sitôt pour autant, mais j’ai libéré ma chambre (même si l’appart reste en mains connues puisque ma coloc Anne reste et une de nos amie emménage). Les étrangers avaient tous déserté depuis avant Noel et j’étais seule dans l’appart tout ce temps, ce que j’ai beaucoup apprécié au final pour ranger toutes mes affaires, et ce qui m’a permis de passer plus de temps avec mes amis bangladeshis. Dur dur de partir donc, le cœur gros ! J’ai tenu le coup pendant le discours de départ de Kevin, les dernières soirées avec tous les copains, jusqu’à ce que la femme de ménage éclate en sanglots dans mes bras et que les gardes me serrent dans leurs bras quand Chunnu (le même qui était venu me chercher 2.5 ans plut tôt) est passé me chercher pour m’emmener a l’aéroport.  

Ranger et faire le tri de deux ans et demi d’affaires m’a pris un temps fou. Je ne suis venue qu’avec 20kg, mais j’ai ramené de nouvelles choses à chaque fois, et j’ai acheté au fur et à mesure pour me constituer un vrai chez-moi. Peu importe le nombre de voyages que j’ai faits, je suis très mauvaise pour voyager léger, faire le tri et me séparer des choses. Tout a une valeur sentimentale, ou une utilité, et même si ce n’est pas le cas, alors ça peut toujours être transformé ou recyclé pour une nouvelle vie et une nouvelle utilité. Bref, le rangement m’a pris des jours. J’ai divisé en quatre: ce que je donne, ce que j’emmène avec moi en voyage, ce que j’envoie par avion et ce que je garde, stocke dans l’appart jusqu’à mon retour en avril et mon vrai retour à la maison.

Bref, me voilà en Malaisie, sur l’ile de Penang, au 35eme étage d’un appart avec une splendide vue sur la mer, et je me dis que je vais avoir beaucoup de choses à vous raconter dans les mois à venir, donc je vais essayer de faire revivre ce blog J

Allez, en attendant, bonne nuit!


dimanche 22 décembre 2013

Joyeuses Fetes!!!

Bon alors la je vous dois un article. j'en ai un en preparation, mais il me prend un peu de temps, alors ce sera pour plus tard. Mais en attendant, avec les fetes qui approchent, je vous dois un article.

Ca y est, tous les expats sont partis, cette fois je sens vraiment que Noel est proche. C'est une sensation bizarre de ne pas etre en famille cette annee, de rester ici a travailler. Mais bon, il me reste trois semaines au Bangladesh, six semaines au Worldfish et j'ai vraiment beaucoup de boulot a finir d'ici la. Et puis j'ai aussi de grands plans de voyages qui ne permettent pas vraiment financierement de rentrer pour Noel.

Ceci dit, je fais de mon mieux pour ce qui est de l'ambiance! Mes colocs (ou devrais-je dire ex colocs puisqu'elles sont parties et que moi-meme je m'en vais bientot) et moi sommes les fieres proprietaires d'un joli petit sapin en jute, tout mignon, made in Bangladesh bien sur. C'est beau, c'est local, c'est naturel! Agremente de decos locales fabriquees par des ONGs locales. On s'est aussi lancees dans la confection de bredalas, mais ca je l'ai deja dit (il faut suivre un peu!).D'ailleurs on a meme fait des manalas et du chocolat chaud pour la Saint Nicolas (trop fiere). On a aussi commence un calendrier de l'Avent mais je dois dire qu'il n'a tenu que jusqu'a la moitie du mois. Pour ce qui est de l'hiver, et bien il se fait tarder cette annee (je ne m'en plains pas!). On a certes commence a porter un gilet en sortant, surtout le soir et le matin, mais la temperature reste entre 13 et 26.

Le 24, c'est buffet international de Noel! enfin ce ne sera quand meme pas trop international, mais bon franco-polono-bangla, c'est pas si mal! la formule est que chacun ramene un plat et un petit cadeau a mettre sous le sapin, puis chacun repart egalement avec un petit cadeau (non, pas le meme!). Le 25 je vais a un mariage bangladeshi, de meme que le 28 et le 31. le 29 je vais me faire dorloter et masser au spa pendant deux heures et demi, cadeau de Noel de ma coloc. Et le reste du temps, je vais me debrouiller pour avancer dans mon boulot, faire mes cartons, les envoyer debut janvier, et preparer mon voyage!

Donc le plan est le suivant: je quitte le Bangladesh autour du 10-11 janvier, en direction de Penang, Malaisie et accessoirement siege du Worldfish, pour finir les trois dernieres semaines de mon contrat.  Debut fevrier, je m'envole pour Borneo (cote Malaisien)(d'ailleurs je cherche un compagnon de voyage!), pour trois semaines. Au programme: jungle, orang utans, nature, montagne (Mont Kinabalu), plongee (Sipadan, plus beau site de plongee au monde, si j'arrive a avoir un permis). Puis autour du 23 je m'envole pour Bangkok, pour rejoindre maman pour environ deux semaines mere-fille en Thailande (pendant que papa est occupe quelque part pour la bonne cause :p). Puis une amie me rejoint a Bangkok au depart de maman et on part toutes les deux en Birmanie (par la route), pour environ trois semaines. Tout ca nous mene fin mars a Rangoon, ou je reprends un vol pour Dhaka. Je pense y rester environ deux semaines (dont, je l'espere, une semaine sur le terrain) et partir juste apres le Nouvel An bangla, donc retour autour de la mi avril. Juste a temps pour etre la a l'arrivee de ma future niece :) :) J'ai donc la meilleure des raisons de me rejouir de rentrer :)
Apres ca je compte me poser un petit peu en Alsace, et puis rechercher du boulot (domaine: changement climatique; zone geographique: disons tres peu restreinte)...

2014 sera donc placee sous le signe du voyage, a nouveau :)

Je vous souhaite d'excellentes fetes de Noel a tous!!

Gros bisous,
Melody

mardi 3 décembre 2013

Political unrest



Salut les amis,

J’espere que tout va bien pour vous avec l’approche de Noel. J’imagine les guirlandes lumineuses dans les rues et les offres de cadeaux de Noel partout, les rues froides et les soirees au coin du feu. Le quotidien ici est pour ainsi dire a mille lieues de cette ambiance.

Déjà, les gens ne fetent pas Noel. Donc pas de decorations dans les rues, ni d’offres de cadeaux de Noel. Et puis, il ne fait pas froid, pas encore. Ca va venir. Mais bon, tous les expats parlent de leur retour dans leurs familles pour Noel (sauf moi L ), et pour se mettre dans l’ambiance on a fait une aprem internationale de preparation de petits gateaux de Noel (version canadienne, anglaise, danoise, francaise, suisse).

Mais l’ambiance est aussi differente parce qu’on a juste autre chose a penser. La situation politique ne s’ameliore pas, bien au contraire. Apres les hartals successifs, on est passes au niveau au-dessus avec des « blocus » du pays, qui paralysent non seulement les routes mais aussi les voies ferrees et les fleuves. Le niveau de violence augmente graduellement, et les cas de bus brules avec passagers a l’interieur, de voitures demolies et de briques et cocktails Molotovs lances a tout va sont de plus en plus frequents. Cela dit, il n'y a ’que » quelques morts, ou dizaines de morts chaque semaine, et comme on n’a pas d’infos sur le nombre de personnes blessees ou brulees on n’en parle que tres peu. Du coup, pas de nombre impressionnants de morts qui pourraient alarmer la communaute internationale et necessiter une action urgente. Les ambassades sont tres preoccuppees du nombre grandissant d’incidents dans « l’enclave dplomatique de Banani-Gulshan-Baridhara » et nous incitent a eviter tout deplacement inutile, le Worldfish a officiellement ferme ses bureaux pour toute la duree du blocus en cours (initialement samedi et dimanche mais prolonge jusqu’à jeudi soir, donc la totalite de la semaine de travail).

Mais ce qui est plus preoccupant, c’est  que pour chaque jour de blocus, les millions de personnes qui vivent de « day labour » (travail journalier, avec paie journaliere) ne peuvent pas aller travailler, et par consequent ne peuvent par subvenir aux besoins basiques de leurs familles. Ils meurent a petit feu, litteralement, mais ca ca ne se voit pas. C’est triste pour ce pays, tellement triste. Hier des centaines de chauffeurs de bus ont organise une marche pacifique devant la residence de la chef de l’opposition pour l’exhorter d’arreter les violences, parce que ce sont eux, les civils, qui souffrent et meurent dans ces affrontements. Et les « Freedom fighters », ces hommes qui se sont battus pour la liberation du Bangladesh en 1971, ont entame une greve de la faim de 3 jours pour rappeler que ce n’est pas pour ce pays-la qu’ils se sont battus et ont perdu la vie. Acte d’autant plus symbolique qu’on s’approche du 16 Decembre, jour de victoire qui a accorde l’independance au Bangladesh en 1971. Jour de fierte nationale. En theorie.

Interessant comme la greve de la faim redevient un moyen de protestation a la mode. En parallele, il y a tout juste quelques semaines pendant la conference internationale sur le climat a Varsovie, Yeb Sano, chef de la delegation philippines, entamait une greve de la faim de 13 jours (la duree des negociations) pour exhorter les negotiateurs a parvenir a un consensus et cesser la folie de l’inaction. Apres avoir obtenu un accord qui certes est un petit pas dans la bonne direction mais laisse encore tellement de travail d’ici l’adoption d’un accord post Kyoto en 2015 a Paris, Yeb Sano a decide de poursuivre un jour de jeun par mois, pour montrer que le combat est loin d’etre gagne. Et en soutien a Yeb Sano, les delegations de jeunes activistes pour le climat ont decide de le soutenir dans son jour de jeun, tous les mois jusqu’en 2015.

Pour en revenir au Bangladesh, la Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme a exprime son inquietude hier et a demande aux deux parties d’entamer un reel dialogue et de parvenir a un consensus. L’Union Europeenne a egalement exprime son inquietude et sa reprobation par rapport a l’usage de hartals et de la peur pour imposer un point de vue. Tous encourage la tenue d’elections transparentes et pacifiques. Ban Ki Moon envoie donc l’assistant secretaire general pour les affaires politiques, Oscar Fernandez Taranco, au Bangladesh pour discuter avec les deux parties. Il devrait arriver vendredi…

Affaire a suivre. Je ne me sens absolument pas menacee dans ma petite vie quotidienne, et si vous vous faites du souci, alors faites-vous du souci pour les millions de personnes qui ne peuvent pas aller travailler et perdent par consequent l’unique source de revenus de toute une famille pour une duree indeterminee. Le Bangladesh a déjà assez de soucis comme ca, sans avoir besoin que les politiques s’acharnent a demolir ce que les gens tentent de construire.

lundi 11 novembre 2013

Malaisie!

Non, je ne suis pas a la COP (la conference des parties, conference annuelle des Nations Unies sur le climat rassemblamt tous  les chefs d'etats), a Varsovie cette annee, mais je vais bien entendu suivre de loin. En revamche, je pars en Malaisie jeudi pour une dizaine de jours, pour travailler avec une collegue au siege sur notre recherche sur les sanctuaires a poissons. Deux week-ends a Penang donc, dans une ville normale ou il y a des cafes avec des terrasses, ou on peut s'habiller plus ou moins comme on veut, faire du shopping, et avoir des choix culinaires un peu plus varies! Yey!!

=> Une des bonne bonnes a propos du fait d'habiter au Bangladesh: on en vient a se rejouir pour des petites choses toutes simples, on devient moins difficiles je crois!